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La Jument de Lune

 

 

 

Couverture illustrée par Laka

 

Si vous souhaitez le rééditer dans de meilleures conditions de diffusion que ce qu'il connaît actuellement, n'hésitez pas... J'ai choisi de le publier en collaboration avec Publibook, pour le moment, et vous pouvez le commander en version numérique ou papier : http://www.publibook.com...

 

La Jument de Lune

 

- extrait -

 

 

 

    Séparées par un canevas régulier d'avenues, les propriétés cossues du quartier dressent fièrement toits pointus, clochetons et tourelles derrière de hauts murs moussus.

    Sous la voûte profonde des porches ou les chevelures d'arbres centenaires, l'ombre semble accueillante mais, au dehors, s'étendent des chaussées étrangères et vides, miroirs aveuglants de soleil prisonnier.

    Pas un souffle de vent ne vient friser les feuillages, pas un pépiement d'oiseau ne trouble le calme. Pas un cri d'enfant, pas un aboi ne résonne dans la torpeur de cet après-midi d'août.

    La ville repose alanguie.

 

 

 

 

    Soudain, un cliquetis métallique naît à l'angle d'une rue. Se répercutant d'un mur à l'autre, il emplit l'avenue de vacarme, avant que n'apparaisse un couple cheval cavalier, mirage tremblant dans la chaleur immobile. La silhouette se rapproche, grandit pour aussitôt décroître puis disparaître au coin d'une autre rue.

    Le rythme à quatre temps, après avoir saturé l'espace, s'estompe et forme un accompagnement à la vie qui s'éveille, comme si ce passage marquait la fin de l'assoupissement général.

    Tel un orchestre qui s'accorde, des bruits s'enchaînent, liant en une masse sonore ces différents univers isolés : portes claquées, grilles grinçantes, voix s'interpellant, éclats de rires, courses effrénées.

 Mireille Mirej, 1990.

 

Histoire d'une histoire

et si je vous disais tout...

J'ai choisi récemment de signer avec Publibook pour que naisse enfin La Jument de Lune, car un enfant de papier ne peut vivre éternellement dans un tiroir. Cette jument n'est pas anodine. Elle est le deuxième roman jeunesse que j'ai écrit, le deuxième roman que j'ai fini et ce, juste après Un cheval de prix. C'était en 1990. En fait, tout a même commencé bien plus tôt. Aurai-je le courage de l'avouer ? J'ai écrit le premier chapitre aux environs de 1978 dans l'appartement que j'ai occupé à L'Isle-Adam sous les toits d'une maison bourgeoise lorsque j'étais étudiante et croyais avoir gagné le droit à la liberté.

Imprégnée de ce quartier où le hasard m'a fait revenir bien plus tard, c'est à cette époque que j'ai imaginé Irusz. Des années après, désireuse de créer un texte pour qu'une plasticienne des plus chères, ma propre soeur, en dessine la couverture, j'ai rêvé - au sens propre - le chapitre de la rencontre entre Viviane, Lucile et Simon. Lorsque je me croyais déjà écrivain, juste après la parution d'Un cheval de prix, j'ai lié ces deux mondes dans un même roman. Le titre s'est imposé à moi avant même la réunion des deux histoires. Certains ont trouvé dans L'Isle-Adam les maisons d'Irusz et de Viviane et m'ont ensuite convaincue que cela se passait dans ces endroits précis. Mon imagination s'était contentée d'un quartier cossu et secret :  ces mondes clos qui abritent parfois les pires drames sous une apparence de bon aloi.

Quand j'ai envoyé la version initiale de La Jument à Flammarion, j'étais persuadée que mon "contrat de fidélité" m'assurerait sa publication immédiate. Profitant de quelques mois de répit dans une vie à rebonds, j'avais ciselé ce texte, l'avait construit comme je ne l'ai plus jamais fait depuis. Cinq mois plus tard, lorsque nous devions repartir à l'assaut d'une nouvelle vie, j'ai reçu la plus cruelle réponse négative de ma vie. Cela ne blessait aucunement mon "petit moi intime", mais sonna le glas de mes espoirs d'une vraie existence d'écrivain, nouvelle perte de la liberté supposée. Je savais qu'il me fallait éditer une dizaine de livres jeunesse pour commencer à vivre de mes droits. En l'absence de publication, il me fallait replonger dans un métier honni.

Je n'ai pu retoucher cette jument, faute de temps, mais je l'ai envoyée dans l'état à d'autres éditeurs qui la trouvaient intéressante et bien écrite, mais "ne pouvaient l'insérer dans leurs collections existantes". Les années ont passé, certains passages de La Jument sont devenus obsolètes, et je me sentais incapable de toucher ce roman si important pour moi. Dactylographiée grâce à un logiciel devenu inutilisable, j'étais même censée la retaper intégralement, ce qui me parut impossible. C'est là qu'est intervenue "la fée Brigitte A." qui l'a entièrement retapée à ma place. Grâce à cette nouvelle version et à sa foi en ce texte, j'ai ensuite réussi à effectuer les modifications rendues indispensables par un décalage supérieur à une décennie.

Puis, le petit ballet des envois aux éditeurs a repris, et les réponses n'ont pas varié : "Intéressant, mais..." Est-ce un livre pour adultes ou pour adolescents ? Qu'importe ! Jadis, il n'existait pas de littérature de l'entre-deux.

Malgré quelques déménagements et péripéties, les différentes parties puis corrections de La Jument de Lune ont toutes été réalisées sous les ombrages de L'Isle-Adam, une ville que j'aime et exècre à la fois pour des raisons qui ne peuvent qu'être miennes.

Parfois, les mondes clos se fissurent et les drames éclatent au grand jour. Parfois, les rescapés de l'horreur ont la chance de survivre, revivre, puis vivre tout simplement...

Faute d'avoir été suivie par un des nombreux éditeurs contactés en quinze ans, j'ai décidé de confier La Jument de Lune à Publibook. Finalement, c'est mon amie Laka, peintre et cavalière, qui en a dessiné la couverture.

Merci au "noyau dur" qui m'a aidée à assumer mon  choix.

Mirej, mai 2005

 

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